Cheick Oumar Sissoko à propos de la chute d’IBK : « La corruption avait atteint un niveau qu’on ne pouvait plus laisser faire »

Cinéaste malien de renom, il est aussi un homme politique. Membre-fondateur du parti politique « Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance », Cheick Oumar Sissoko a été ministre de la Culture de son pays, pendant plusieurs années. Homme d’action, il a quitté la politique en 2014 pour la société civile. Il est également membre-fondateur du mouvement « Espoir Mali Koura » (EMK), initiateur de la lutte ayant entraîné la chute, le 18 août 2020, du président Ibrahim Boubacar Keita (IBK). Lors d’un séjour au Burkina dans le cadre d’une rencontre sur l’avenir du FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), il a abordé, dans cette interview, les temps forts de la lutte anti-IBK, les chantiers de la transition et les attentes que nourrit le peuple malien vis-à-vis des autorités de la transition, ses relations avec Soumaïla Cissé, etc. Lisez !

Lefaso.net : Vous êtes présent à Ouagadougou depuis quelques jours, qu’est-ce qui vous amène au Pays des hommes intègres ?

Cheick Oumar Sissoko : La situation, marquée par l’insécurité et la crise sanitaire que vit la sous-région, est assez délicate. Alors que la prochaine édition du FESPACO, si on tient compte des dates traditionnelles, devra avoir lieu en février 2021. Comment l’organiser ? Devons-nous l’organiser dans la même forme ou devons-nous changer de format ? Pour répondre à ces questions, le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme a convié des personnalités du cinéma, des éléments des Forces de défense et de sécurité, des agents de la santé.


Après deux jours de réflexion, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il faut maintenir les dates. Nous avons été rassurés par les FDS, les représentants du département de la santé et le gouvernement. Nous avons proposé de maintenir les dates, mais en revoyant à la baisse le nombre d’invitations, les membres de l’organisation, les festivaliers, les lieux de projection, etc. Nous avons alors retenu la période du 27 février au 6 mars 2021 pour la prochaine édition.

Le cinéma africain a toujours souffert de plusieurs maux, comment se porte-il aujourd’hui ?

Le cinéma africain se débat dans des problèmes de structuration, de professionnalisation et de financements. Mais l’intelligence des cinéastes leur permet de s’en sortir et de créer de nouveaux paradigmes afin d’écrire, de créer et de sortir des films. Nous n’avons pas l’idéal d’un cinéma ouvert, productif et en lien avec les populations.

Nous travaillions à cela, mais la Covid-19 est malheureusement venue bloquer les initiatives que nous avons entreprises. La première de ces initiatives était de ramener le siège de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) à Ouagadougou, parce que nous estimons que le Burkina est la terre de promotion du cinéma africain. Il a beaucoup donné au cinéma africain, et quand la FEPACI était ici (Ndlr, Ouagadougou), de 1985 à 1997, elle s’est le mieux portée.

Il y a eu beaucoup d’activités sous la direction de Gaston Kaboré. Pour abriter la FEPACI, l’Etat burkinabè nous offre gracieusement deux grands appartements sur l’Avenue Kwamé-Nkrumah. Et c’est au moment où nous commencions nos activités avec l’Etat qu’il y a eu la Covid-19. Nous espérons que tout cela va finir et nous allons pouvoir mettre en œuvre le programme que nous avons élaboré.


Vous faites partie de cette génération dorée du cinéma ouest-africain. Des jeunes essaient de suivre vos pas. Comment appréciez-vous le niveau de la relève ?

Les jeunes ont beaucoup d’intelligence et arrivent à bien maîtriser le numérique qui est, pour moi, une chance pour la cinématographie. Certains ont déjà créé des écoles de cinéma. Au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Maroc, au Togo, les écoles de cinéma se créent. C’est cela qui va permettre, dans les 5 à 10 ans à venir, d’avoir des groupes de jeunes formés avec à côté des entreprises de production qui se développent.

Si on n’arrive pas à structurer l’économie du cinéma, on n’avancera pas. Nous sommes en train de le comprendre, d’y travailler pour sortir vraiment des griffes de l’Europe. Tout se faisait là-bas. Mais aujourd’hui, nous avons de très bons techniciens de cinéma, de très bons comédiens et comédiennes, de très bons producteurs.

C’est tout cela qui va amener les banques à nous faire confiance un jour. Les cinémas européens et américains fonctionnent bien parce que les banques leur font confiance. Il y a des dossiers en béton qui viennent montrer que c’est un métier rentable et qu’il peut y avoir un retour de financement du cinéma.

Un manifestant demandant le départ du président IBK (ph. d’archives).
Parlons maintenant politique. Vous avez été aux avant-postes de la lutte contre le régime du président IBK. Comment s’est passée la lutte ?

Après avoir quitté le parti « Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance » en 2014, nous avons créé le Mouvement de la société civile dénommé « Espoir Mali Koura » (EMK) et commencé la lutte.


Nous avons rassemblé des associations, des plateformes, des organisations des partis politiques qui, individuellement, se battaient, dénonçant le comportement de la classe politique, la mauvaise gouvernance et exigeant le changement. Le 14 mai 2020, nous avons, au cours d’une conférence de presse, demandé la rupture avec le système économique et social actuel et à aller vers la quatrième République.

Ce qui voulait dire qu’il fallait donc arrêter le pouvoir IBK. Le 17 et le 19 mai, nous avons été successivement rejoints par la CMAS et le FSD. Le Front pour la sauvegarde la démocratie était normalement dirigé par le Chef de file de l’Opposition, Soumaïla Cissé, mais comme il était en captivité, c’est Choguel Maïga qui en était le dirigeant.

La CMAS était dirigée par Issa Kaou Djim. Les trois mouvements ont animé une conférence le 30 mai et engagé le premier grand rassemblement le 5 juin. Nous avons été rejoints par d’autres plateformes, d’autres partis politiques et nous avons décidé de créer le Mouvement du 5-Juin, Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Ce mouvement a rassemblé plus large et a exigé la démission d’IBK et de tout son régime pour des faits accablants.

Quels faits par exemple ?

Il y avait le parjure qui est un viol du serment consacré dans l’article 37 de la Constitution. Il a livré le pays aux terroristes, aux rebelles et a signé un accord de défense avec la France, dont on ne connaît pas le contenu. Cet accord a amené la France à installer quatre bases militaires à Gossi, Gao, Kidal et Tessalit.

Le président IBK n’a-t-il pas été victime d’un faux procès pour ce qui concerne le terrorisme, puisque le Mali connaissait déjà des attaques avant son arrivée au pouvoir ?

Le terrorisme a certes commencé avant lui, mais il était contenu dans le nord. Progressivement, le terrorisme est descendu dans le centre et plus à l’intérieur du Mali.

Nous accusons aussi le régime IBK de détournements massifs de deniers publics. Des fonds destinés à l’achat d’armement et de logistique pour l’armée ont été détournés. Près de 1 250 milliards de francs CFA ont été dépensés dans des achats d’avions de mauvaise qualité, des armes non-convenables, etc.

Il existait comme une sorte d’impunité devant ces faits. Le niveau de la corruption avait, avec cette gouvernance mafieuse, atteint un niveau qu’il n’était pas possible de continuer à maintenir ce désordre. Il y avait aussi la patrimonialisation du pouvoir. La famille était directement impliquée dans la gestion du pouvoir.

Les fondements démocratiques de la République qui sont consacrés dans la Constitution étaient constamment violés. On a aussi enregistré des crimes de sang. Des gens ont été tués lors des manifestations à Cikasso, à Kaye. Pendant les évènements du 10-11 juillet 2020, 23 personnes ont été tuées et 100 blessées à Bamako.

Mais on a vu la CEDEAO qui voulait que le président IBK soit maintenu à son poste …

IBK n’était pas défendable, malgré cette intrusion de la CEDEAO qui tenait coûte que coûte à le défendre parce qu’il était un président démocratiquement élu. Goodluck (Ndlr : Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria et émissaire de la CEDEAO au Mali lors du coup d’Etat contre IBK) avait d’ailleurs dit que le fait de vouloir le chasser est une ligne rouge à ne pas franchir.

Nous lui avons répondu que donc un président démocratiquement élu a le droit de tuer les citoyens, de violer allègrement la Constitution, de violer la séparation des pouvoirs, de détourner l’argent et de livrer le pays aux terroristes ? Cette ligne rouge, nous ne l’acceptons pas et nous allons la briser.

Le 18 août 2020, l’armée a pris ses responsabilités à la suite des mouvements et a fait un coup d’Etat…

L’armée a effectivement pris ses responsabilités, disant qu’elle venait parachever notre lutte. Le même soir du 18 août, IBK a démissionné après avoir dissout l’Assemblée nationale et le gouvernement.

Comment avez-vous vécu cette journée du 18 août ? Avez-vous eu peur à un moment donné pour votre vie ?

La peur est un sentiment normal pour tout être humain, mais ce qui est grave, c’est le fait de ne pas s’assumer. Nous avons pris nos responsabilités comme en 1991, lors des luttes contre le dictateur Moussa Traoré. J’étais aussi l’un des leaders de la lutte. Pour lutter contre le régime IBK, nous avons créé l’EMK et j’en étais le coordonnateur. Lorsque nous avons mis en place le M5-FRP, j’étais membre du Comité stratégique, donc parmi les responsables du mouvement.


Nous étions dans une semi-clandestinité, puisque nous étions constamment menacés. On cherchait à nous arrêter et même peut-être à nous tuer. Tout homme a peur mais il doit s’armer de courage pour faire face à ses responsabilités. Les nôtres étaient de sauver la patrie et de mettre fin à cette mauvaise gouvernance, faire partir ces hommes et femmes qui avaient installé une oligarchie qui détruisait l’avenir du pays.

Etiez-vous à Bamako pendant les évènements ?

Oui, j’étais à Bamako.

Chez vous à domicile ?

J’étais en clandestinité, mais après je suis sorti ; puisqu’on annonçait l’intervention de l’armée, je suis sorti rassembler les membres du M5-FRP pour nous interroger sur l’identité de ceux qui venaient pour parachever la lutte. Viennent-ils vraiment pour parachever la lutte ? Auquel cas, il faut qu’on se mobilise pour poser nos exigences, puisque nous avions la légitimité du pouvoir.

Est-ce que vous étiez en contact avec certains des militaires qui ont fait le coup d’Etat ?

Je n’avais jamais rencontré Assimi Goïta et Ismaël Wagué. Par contre, j’avais rencontré, en 2012, le colonel Malick Diaw parce qu’il faisait partie du groupe de Sanogo (Ndlr, Haya Sanogo, auteur du coup d’Etat contre Amadou Toumani Touré en 2012). A ma connaissance, il n’y avait pas de lien entre les militaires et le M5-FRP.

Pour conduire la transition, les militaires ont choisi le colonel-major à la retraite, Bah Ndaw. Est-ce aussi votre choix ?

On ne peut pas dire que ce n’était pas notre choix, parce qu’on était en phase en ce moment-là avec la CEDEAO. Même si on a combattu la CEDEAO au moment où elle refusait le départ d’IBK, pour la transition, notre décision était de mettre un civil à la tête. Le président de la transition est un civil, puisqu’il est à la retraite. Il est légal qu’il soit là. Il est un homme qui a montré de par le passé qu’il refusait l’injustice et refusait, par ses principes, tout ordre qui pouvait le dégrader ou dégrader sa fonction de militaire.

Etes-vous rassuré de l’évolution de la transition ?

Bah Ndaw est un civil. Donc, on n’est pas déçu. Seulement, nous voulons avoir une idée claire de la transition. Nous avons discuté et nous nous sommes accordé sur le contenu de la transition, les organes à mettre en place. Un homme comme lui, nous a rassurés dans un premier temps par son discours d’investiture ; parce qu’il avait des idées qui étaient aussi les nôtres.

Nous n’allons donc pas nous opposer à ce qui est mis en place. Nous allons l’accompagner, mais en étant les gardiens du temple. Nous n’allons pas accepter d’être grugés comme de par le passé. Nous allons veiller à ce que les choses se passent clairement afin que l’alternance soit une logique démocratique au Mali.

L’investiture des autorités de la transition a été comme un retour sur scène du colonel Haya Sanogo, alors qu’on se rappelle qu’il y a des plaintes contre lui en justice. Ne craignez-vous pas qu’il y ait comme un black-out sur ce passé sombre ?

Je ne sais pas. Haya est toujours un militaire. Il avait été arrêté pour être jugé, mais ils n’ont pas pu le faire.

Il est effectivement poursuivi dans l’affaire des bérets rouges…

Dans l’affaire des bérets rouges, il était le seul impliqué, alors que les bérets rouges devaient aussi être partie-prenante dans ce procès ; puisque ce sont eux qui ont attaqué les premiers le camp de Kati. On devait normalement amener les deux parties à la barre. C’est en réalité un problème pendant. Il faut y trouver une solution.

Pendant ou après la transition ?

La transition a suffisamment de problèmes à résoudre. La durée de 18 mois n’est pas assez pour résoudre tous les problèmes. C’est même très peu pour faire face à ce qui doit être fait.

Quelles sont les attentes des membres du M5-FRP vis-à-vis des autorités de la transition ?

Il faut clarifier les points sombres contenus dans la Constitution et le Code électoral. Il faut aussi élaborer le fichier électoral qui n’existe pratiquement pas, assainir l’administration civile et militaire, lutter contre les détournements. Il faut des audits pour que ceux qui ont mis le pays à terre puissent rendre compte de leurs actes. Si on ne le fait pas, ils reviendront acheter les voix et les consciences avec les fortunes colossales qu’ils ont amassées. Ce sera une sorte de restauration.

Avez-vous foi qu’ils répondront devant la Justice ?

Nous allons y travailler. D’ailleurs on se demande comment ils sont parvenus à sortir du Mali. Il va falloir y répondre. Nous allons engager des procédures judiciaires. On ne peut pas faire autrement. Ils sont même accusés de meurtre, notamment du journaliste Birama Touré et de tentative d’assassinat sur Mamadou Diarra, un autre journaliste. Ils sont également accusés de malversations financières, de spéculations foncières, de faux et usage de faux en écriture publique. On ne peut pas laisser cela. L’Afrique ne peut plus se permettre ces pratiques. On les a connues dans d’autres pays, mais il faut arrêter.

L’une des grosses plaies du Mali, c’est la question sécuritaire. Est-ce que sa résolution fait partie du calendrier de la transition ?

Elle est bien obligée, sinon il n’y aura pas d’élections. La Constitution est assez claire là-dessus. Si une partie du pays est occupée, il ne peut pas y avoir d’élections. Il n’y a pas d’administration malienne dans les régions occupées. Les services publics sont absents dans les 2/3 du pays. Les écoles sont fermées. On est obligé de trouver des solutions. C’est pourquoi, l’un des axes principaux de notre travail est la refondation de l’Etat. C’est indispensable et c’est pour cela qu’il y a un ministère chargé de la Refondation de l’Etat et des Relations avec les institutions.

Vous avez été aux premières heures de la lutte pour le départ du régime IBK. Mais vous n’êtes-vous pas dans le gouvernement de la transition…

Oui.

Pourquoi ?

Je n’ai pas fait la lutte pour être au pouvoir. C’était aussi le cas en 1991.

Vous auriez pu apporter votre expérience aux jeunes militaires … !

J’étais assez bien placé pour être au premier rang, mais pour plusieurs raisons, je n’ai pas voulu. J’ai sorti récemment un livre intitulé « L’Homme ne grandit que dans la paix, il faut tuer la guerre ». A l’intérieur, le lecteur trouvera une lettre à Macron (Ndlr, président français) et une autre au peuple du Mali. Ce livre ne plaît pas beaucoup à la France.

Est-ce vraiment la raison ?

A mon avis, oui. Il faut peut-être aussi dire qu’il y a des gens plus compétents que moi pour diriger ce pays, mais je ferai la veille citoyenne. On ne se laissera plus faire.

Le calendrier est très chargé pour les autorités de la transition. Qu’est-ce qui est prioritaire ?

Il faut relire la Constitution, parce que le président avait un pouvoir exorbitant. La preuve, il en a usé et abusé. Il faut arrêter cela. Il faut maintenant voir les autres institutions, leur rôle, place et leur utilité. Nous avons huit institutions, est-ce qu’on a vraiment besoin d’elles toutes ? A mon avis, il faut écarter la question du Sénat, se conformer aux décisions de l’UEMOA qui veut qu’il y ait une Cour des comptes.

C’est indispensable. Il faut revoir les prérogatives de la Cour constitutionnelle, parce qu’elle semble avoir trop de pouvoirs (ses décisions ont irrévocables). A mon avis, il faut aussi revoir le modèle de gouvernance, en ce sens qu’il faut répondre à la question de savoir s’il faut maintenir le présidentialisme ou instaurer un régime parlementaire.

Le chef de file de l’Opposition politique, Soumaïla Cissé, a été libéré après plus de cinq mois de captivité, comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

On attend de connaître les dessous de cette affaire pour vraiment juger. Autant nous sommes contents de la libération de Soumaïla Cissé, autant nous sommes inquiets de la libération de 230 terroristes. Qu’est-ce qu’ils ne vont pas pouvoir faire après ? 230 terroristes, c’est 460 bras qui peuvent tenir des armes. C’est inquiétant. Mais avec la libération de Soumaïla Cissé, c’est un cadre politique qui va se joindre, à mon avis, au redressement de ce pays.

L’imam Dicko appelait pourtant de tous ses vœux, lors de ses sorties publiques, à la libération de Soumaïla Cissé …

C’était une requête du M5-RFP. Elle n’était pas de l’imam Dicko. Il s’attribue beaucoup de choses qui ne sont pas de lui. Il était l’autorité morale, mais il n’a vraiment pas joué un rôle positif.

Lorsque le M5-RFP demandait la libération de Soumaïla Cissé, est-ce que vous vous attendiez à un échange contre des terroristes ?

Nous savions que des conditions allaient être posées. On ne s’oppose pas à ce qui a été fait, mais on est en droit de s’inquiéter. 230 terroristes libérés, 230 « fous » de Dieu, 230 personnes qui ont tué, massacré dans le pays, qu’on remet dans la nature. Ces derniers qui rejoignent les rangs du GSIM (Ndlr, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), il y a de quoi avoir peur.

Est-ce que vous avez parlé à Soumaïla Cissé depuis sa libération ?

Non.

Comment sont vos relations avec lui ?

Nos relations sont assez bonnes. Il est dirigeant d’un parti. Quand j’ai créé EMK avec des amis, il n’était pas là. J’étais, moi aussi, sorti de la classe politique que je trouvais complètement déconsidérée. Je ne suis pas de la même tendance que lui. Je me considère comme un homme de gauche et il n’en est pas un.

Etes-vous serein quant à l’avenir du Mali ?

Je ne suis pas serein ; parce que nous sommes dans une turbulence qui risque de ne pas finir maintenant. Les terroristes, les mouvements des rebelles qui sont rentrés dans le gouvernement, mais en gardant leurs exigences de l’accord d’Alger que je trouve très mauvais pour le Mali. Il y a aussi la géopolitique qui se dessine surtout autour de l’Afrique, du Sahel. Nos pays recèlent de potentialités énormes dans leur sous-sol. C’est ce qui explique toutes ces turbulences, puisque les anciennes puissances coloniales tiennent à garder la mainmise sur nos Etats.

D’autres pays comme la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine, la Turquie, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud viennent pour les même besoins (sous-sol, marché, etc.). Comme ces pays sont dans une nouvelle dynamique autre que celle des anciens pays qui ne font pas du donnant-donnant, il y a d’énormes risques que la France et l’Europe perdent progressivement leur place, sauf si elles comprennent qu’elles doivent vraiment travailler avec l’Afrique dans une coopération avantageuse pour les deux parties.

Sinon, les peuples africains n’accepteront plus de se faire gruger. Nous en avons mare. Pour la situation actuelle du Mali, nous voulons écrire une nouvelle page, nous-mêmes. Nous ne voulons plus que ce soit la CEDEAO ou la Communauté internationale qui vienne écrire une page de notre histoire.

Propos recueillis par Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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