CEDEAO vs Transition : Le gouvernement respectera-t-il ses engagements ?

La mission de la Cedeao, sous le leadership de l’ancien président du Nigéria, Goodluck Jonathan, a séjourné au Mali du 5 au 7 septembre, dans le cadre de l’évaluation du processus de la transition.
Elle a demandé aux autorités de la transition un chronogramme précis. Selon  le médiateur de la Cedeao, ils ont obtenu une promesse qu’un chronogramme détaillé sur l’organisation des élections législatives et présidentielle sera maintenu d’ici à mi-octobre. Malgré tout,  la Cedeao, une partie de la classe politique et des organisations de la société civile ont manifesté leurs inquiétudes quant au respect du délai de la transition.
En effet, force est de constater que les missions qui leur ont été assignées peinent à voir le jour, le délai imparti de 18 mois arrive bientôt à terme. Même si  la mission de la Cedeao affirme avoir obtenu une promesse, certaines forces politiques et quelques organisations de la société civile ont manifesté leur préoccupation. Car selon elles, un an après, il n’y a aucune avancée notoire conformément à l’article 2 de la Charte, qui  demande aux autorités de procéder, entre autres, dans un délai de 18 mois : « au rétablissement et au renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire, au redressement de l’Etat et à la création des conditions de base pour la refondation, à la promotion de la bonne gouvernance, à la refonte du système éducatif, à l’adoption d’un pacte de stabilité sociale, au lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, administratives et électorales, à l’organisation des élections générales et l’application de l’accord d’Alger ». L’on se rappelle, lors de sa présentation du Programme d’Action de son Gouvernement, le Premier ministre  Choguel Kokalla Maïga avait pris l’engagement devant les membres du Conseil national de la Transition de respecter le chronogramme électoral défini par le premier gouvernement de la Transition, dirigé par Moctar Ouane. Il s’agit, entre autres,  du référendum prévu pour le 31 octobre 2021, des élections communales, régionales et des conseillers du district de Bamako prévues pour fin 2021, des élections présidentielles couplées avec législatives, qui se tiendront le 27 février 2022. Pire, l’audit du fichier électoral qui devrait avoir lieu du 1er au 15 août 2021 n’est toujours pas fait.
Convergence de vues sur l’essentiel
Lors de la rencontre entre la délégation de la Cedeao, et la classe politique  à Radisson Collection, au terme du deuxième jour, les discussions ont porté sur le délai de la transition. Si la Coalition des Forces Patriotiques (COFOP), dirigé par Dr. Abdoulaye Sy, et le MC-ATT de Jeamille Bittar ont réclamé la prorogation du délai de la transition, le porte-parole du M5-RFP, Me Mountaga Tall, lui, maintient la position du mouvement. Il a affirmé que le délai de la transition (18 mois) qui en principe prendra fin le 27 février 2022 sera respecté.
Même si le Sadi du Dr. Oumar Mariko, n’a pas pris position, le directoire du cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie partage la position du M5-RFP. Mieux, il a rejeté la mise en place de l’organe unique de gestion des élections et la tenue des assises nationales de la refondation qui, selon lui, restent la seule boussole du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. Selon ce regroupement, les réformes d’envergure ne sont pas opportunes. Il faut le retour à l’ordre constitutionnel.
«J’ai écouté le porte-parole du M5-RFP qui a affirmé que ni le président Assimi Goïta ni le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga n’a indiqué que la transition sera prolongée. Qu’il s’est engagé au nom du M5-RFP à respecter le délai de la transition. Nous, nous le pensons également. Nous l’avions dit, dès le départ, que la transition ne pourrait régler les problèmes essentiels du Mali. La transition n’a pas les capacités de régler les problèmes de fond du pays. La mission de la transition, c’est de travailler au plus vite à créer les conditions pour le retour à l’ordre constitutionnel», a expliqué Bokary Tréta, au nom du directoire du cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie. Un regroupement composé par la majorité des partis politiques (RPM, ADEMA, Yelema, Asma-CFP, CDS, Codem, etc.)
Selon Tréta, ceci est une grande avancée d’abord pour les Maliens en terme de communion autour de l’essentiel, mais également en terme du dialogue avec la communauté internationale.
«Les incompréhensions sont en train de s’éloigner de nous et  de plus en plus il y a de compréhension et de convergence de points de vue. Nos préoccupations convergent avec le point de vue de la Cedeao. Il n’y a pas d’alternative, il faut créer les conditions de retour à l’ordre constitutionnel, et ces conditions passent par l’organisation des élections justes et crédibles dans le délai indiqué», a-t-il insisté.
Faut-il organiser une assise nationale non inclusive ?
Le Parena de Tièbilé Dramé a officiellement indiqué qu’il ne participera pas aux assises nationales, l’Adema-Pasj aussi et d’autres partis politiques et des organisations de la société civile seraient dans la même dynamique. En tout cas, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a été très clair: « La classe politique n’est pas la seule composante de la nation». Pour dire que ces assises auront belle et bien lieu.
Que pense la mission de médiation de la Cedeao ?
Selon le Général Francis A. Behanzin, Commissaire aux Affaires politiques, paix et sécurité de la Cedeao, la mission avait pour but non seulement d’évaluer le processus de transition et particulièrement les progrès dans la préparation des élections prévues se tenir en février 2022, conformément au délai accordé par la Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Cedeao en sa session extraordinaire du 15 septembre 2020. Mais également d’apporter le soutien de l’institution sous-régionale dans la mise en œuvre effective des actions prioritaires inscrites dans le plan d’action du Gouvernement.
La Cedeao préoccupée par l’insuffisance des actions…
«La mission a félicité le Gouvernement pour le calme relatif observé dans le pays depuis la mise en place du deuxième Gouvernement de la Transition et a pris note de la levée des mesures de restriction concernant l’Ancien Président de la Transition, Bah N’Daw et l’Ancien Premier ministre, Monsieur Moctar Ouane. Elle a apprécié l’expression renouvelée des autorités de la transition à respecter la période convenue de la transition devant la communauté internationale.
Toutefois, la mission reste préoccupée par l’insuffisance d’actions concrètes dans la préparation effective du processus électoral. La mission a rappelé l’importance du respect de la date des élections annoncée, afin de montrer la crédibilité du processus de transition», a-t-il apprécié.
Par ailleurs, la mission a encouragé le Gouvernement de transition à présenter rapidement un chronogramme détaillant le calendrier, les réformes et actions prioritaires qu’il urge d’entreprendre pour la tenue des élections présidentielle et législatives. Il s’agit notamment, d’après lui, du consensus sur le cadre légal devant servir aux élections, la préparation de la liste électorale, et le choix de l’organe ou des organes devant conduire les élections. Elle a ensuite, réitéré l’engagement de la Cedeao à accompagner le Mali pour une transition réussie.
Affaire à suivre donc!
Moussa Sékou Diaby
Tjikan

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